Sergiev Posad (Zagorsk) Language: En De Fr Ru 

Sergiev Posad (ex-Zagorsk)! un nom que porte à merveille cette petite ville! La ville de “derrière les collines”. La route de Yaroslavl serpente entre des coteaux boisés, semblant tantôt prendre son envol le long d'une pente raide, tantôt piquer vers quelque village ou quelque paisible ruisseau. Peu avant, la ville, au détour d'un dernier mont apparaît soudain, scintillante, la coupole d'un campanile. Sergiev Posad ! La laure de la Trinité Saint-Serge est le plus bel ensemble architectural de la Russie. Cinq siècles de monuments sont ici réunis en un musée, aujourd'hui propriété de l'Etat. Sans oublier la forteresse, consacrée par la chronique.

Le monastère (qui ne prit le nom de laure qu'au 18e siècle), fut fondé par un certain Bartholomée, devenu moine sous le nom de Serge Radonejski. Homme politique, issu lui même d'une famille d'ecclésiastiques, il joua un rôle particulièrement actif dans l'organisation de la riposte aux Mongolo-Tatares.

En 1380, le monastère de la Trinité fut choisi par le prince de Moscou Dimitri Ivanovitch, celui que l'on appela bientôt Dimitri “Donskoi”, pour y concentrer des formations de milices venues de toute la Russie. Deux moines du monastère, hommes de guerre expérimentés, Pérésvet et Ossliablia, prirent par à la bataille de Koulikovo. Par leur conduite exemplaire, ils enthousiasmèrent les troupes russes, contribuant ainsi à la victoire sur le khan Mamaï.

Au cours des siècles, le monastère devint un important centre culturel et une puissante forteresse sur la route du commerce vers la “Mer froide”. Au milieu du 16e siècle, Ivan le Terrible ceignit Je monastère d'une muraille de pierres et le dota d'une artillerie puissante pour l'époque. Au début du 17e siècle, pendant l'intervention polonolithuanienne, le pan Sapéga et son imposante armée s'efforcèrent en vain, seize mois durant, de s'en emparer.

Quelques dizaines d'années plus tard, les murailles, à demi démolies par le siège, étaient relevées et même exhaussées. Sous la nouvelle maçonnerie, on peut voir les traces des meurtrières et des crénaux anciens. Certaines tours furent refaites.

Longeons la forteresse par la gauche. Notre visite débute par la Tour rouge. Sa voisine, qui fait le coin, la tour Piatnitskaïa, date de 1640. C'est un beau modèle des techniques de fortifications du 17e siècle. Elle comprend cinq galeries qui, jadis, portaient des canons. En bas, les grosses pièces, le “support du combat”. En haut, des pièces de moindre calibre.

Au pied de la tour se trouvent deux petites églises: l'église de la Présentation de la Sainte Vierge et l'église de Sainte-Parascève, construites sous Ivan le Terrible en 1547. A proximité, au bord même de la rivière, il y a un puits sur lequel s'élevait, à la fin du 17e et au début du 18e siècles, une petite chapelle.

La muraille sud de la forteresse est flanquée des tours Loukovaïa et Vodianaïa. Le sommet de la première fut transformé en une gloriette vitrée au 18e siècle. La seconde a conservé son aspect du 17e siècle (seule la coupole est plus tardive). Non loin se trouve le Portail Vodiani, qui donne sur la rivière. Le long de la façade est, nous nous heurtons à l'imposante tour Pivnaïa, plusieurs fois reconstruite. La sévère tour Plotnitchia (17e siècle) est au coin nord-est. Au nord, voici l'élégante tour Kalitchia (18e siècle). Mais la plus belle de toutes est la tour Outitchia, au sommet artistement décoré ! C'est le style Narychkine, qui prédominait à la fin du 17e siècle. Au bout de notre visite, la tour Souchilnaïa, d'arcitecture très sobre, et les non moins sobres Portes de l'Assomption.

Nous franchissons les Portes saintes, ouvertes en l'honneur du seul tsar et de sa famille, ainsi que pour le patriarche et les métropolites. Immédiatement derrière, nous trouvons une petite cour et l'église Saint Jean-Baptis-te-sur-les-Portes (1699). Après être passé sous une voûte, nous entrons dans la laure.

Le plus remarquable monument du monastère est l'église de la Trinité, le premier mémorial de la Russie, édifié en 1422 pour le centenaire du fondateur du monastère, Serge Radonejski. L'église est toute en blocs taillés de pierre blanche mais pauvrement décoré d'une simple ceinture de pierre ciselée. Le toit et la coupole sont dorés. A l'intérieur, ont peut voir le tombeau de Serge Radonejski, dans une châsse en argent, ainsi qu'un inestimable iconostase, œuvre du grand maître russe du Moyen-Age, André Roublev, et de ses disciples. Quarante deux icônes sont ici disposées sur trois rangs. Parmi elles, la célèbre “Trinité” de Roublev (il s'agit d'une copie, l'original se trouvant à la Galerie Tré-tiakov, à Moscou).

Contigue à l'église de la Trinité, nous trouvons l'église de Saint Nikon, le Palais dit de Sérapion et un parvis couvert. Le tout datant du 16e siècle.

Le second très ancien monument de la laure est l'église du Saint-Esprit. Elle est en briques, décorée de détails en pierre blanche et surmontée d'un campanile. Plus grande que les autres et plus importante est la cathédrale de l'Assomption. Sa construction fut entreprise sous Ivan le Terrible et achevée du temps de son fils, Fédor. De formes majestueuses et simples, ses cinq coupoles constituent son principal ornement. A l'intérieur se trouve un iconostase ciselé et doré, datant de la fin du 17e siècle. Il est composé d'icônes du dernier des trois grands maîtres de l'ancienne Russie (le second étant Denis), Simon Ouchakov. A remarquer tout particulièrement de grands lustres en cuivre fondu, ainsi que de merveilleuses fresques murales, datant de 1684. Côté est, nous trouvons la Chapelle sur le buits très pittoresque, semblable à un jouet en bois sculpté et peint. Nous trouvons également le tombeau des Godounov, très simple.

Le Réfectoire et l'église Saint-Serge forment un. tout remarquable, richement orné de pierres taillées et de sculptures murales. L'intérieur est une grande salle, surmontée d'une large voûte cintrée (ce qui, pour le 17e siècle, est une belle réalisation technique). Dans l'église, séparée de la salle par une grille dorée en fer forgé, nous pouvons admirer un très fin travail, un iconostase ciselé. Les peintures de la voûte et des murs sont très tardives (fin du 19e siècle).

La partie nord de la laure est constituée par le Palais Royal, résidence de voyage des tsars de Moscou et de leur suite. Sur les murs se sont conservées des décorations en pierre blaache et en céramique. L'intérieur permet de voir d'étonnants poêles de faïence des 17e-18e siècles, et des plafonds moulés du milieu du 18e siècle.

A l'un des angles les plus attirants de la laure, nous trouvons le Palais de l'Hôpital, bâtiment blanc et rouge, et l'église Saint-Zossime-et-Saint-Sabas. Devant le Palais se dressent des canons qui, jadis, étaient sur les murailles.

Le 18e siècle a laissé à la laure la petite église hexagonale de Saint-Michée, la petite et charmante église Smolenskaïa et le Palais des métropolites (16e-18e siècles).

Au centre de la laure se dresse un campanile. C'est Mitchourine qui commença sa construction, achevée, après qu'il eut été surélevé de deux galeries, par Oukhtomski. Le campanile est le principal ornement de l'ensemble, une sorte de centre autour duquel sont groupées des constructions anciennes ou plus tardives. Aujourd'hui, on ne peut imaginer la laure sans le campanile d'Oukhtomski, de même qu'on ne peut se représenter Moscou sans le Kremlin ou Leningrad sans la “flèche de l'Amirauté”.

Certains vieux bâtiments contiennent les collections du musée. Dans l'ancienne sacristie sont rassemblés nombre de petits objets sculptés ou ciselés, des vases précieux, des riches vêtements, des manuscrits, des broderies anciennes et des icônes des 14e-15e. siècles, dont deux ayant appartenu à Serge Radonejski. Y est également conservé son portrait, brodé sur un voile qui recouvre son tombeau. Certains objets exposés, telle une mitre de 1626, sont de véritables trésors, tant on y trouve de grosses perles, de pierres précieuses, d'ornements dorés, fin travail de joillerie. Non moins remarquable est l'“in-ditia”, voile brodé en 1601 dans les ateliers des Godounov, et qui recouvre l'autel.

Dans les anciens appartements du gouverneur général de la laure, une des salles, d'un luxe de palais, renferme une exposition de l'art russe du début du 18e siècle: des toiles des premiers maîtres ayant abandonné la détrempe pour se consacrer à la peinture à l'huile. Plus loin, à côté d'objets de joaillerie, nous retrouvons les vêteme'nts de parade des prêtres, cousus de perles (certaines pèsent quatre kilogrammes).

Plus que tout, c'est l'exposition des arts populaires qui montre le goût national et le sens de la beauté des Russes. Cette exposition présente maints objets en “matériau russe”, le bois: vaisselle, ornements ciselés des isbas, rouets, cages à oiseaux aux formes compliquées, costumes et coiffures populaires, où l'on décèle des restes de totémisme et de paganisme. On y trouve également des serviettes de toile brodée, des jouets sculptés du village de Bogorodski, célèbres depuis près de trois siècles. Des jouets de Dymkovski, en argile peinte, naïfs et fantaisistes. De la faïence de Gjelsk, plus moderne, des châles de Pavlov-Posad, au dessin ancien, et beaucoup d'autres choses, dignes d'attention.

Les objets noirs et laqués des maîtres de Fédoskino, un village des environs de Moscou, et de Palekh, sont universellement connus. Les premiers, qui ont emprunté leur technique et leur matériaux à l'art de Palekh, se sont spécialisés dans la reproduction en miniature des tableaux célèbres. Les seconds perpétuent la tradition de l'ancienne peinture russe, transmise de père en fils. Elle file bon train, la “Troïka” d'Ivan Bakourov, l'un des meilleurs maîtres de la vieille génération de Palekh. Que dire de la finesse du dessin, du chatoiement de ces contes en images, lumineux, transparents, si divers! Quelle merveille et quelle joie qu'un conte de la lointaine enfance, le plus heureux temps de la vie d'un homme.

Mais la laure de la Trinité Saint Serge, cette incomparable création du génie du peuple russe, n'est-elle pas, elle aussi, un conte merveilleux?


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